Vermeille

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1164.jpg (160142 octets)

Acrylique 2005

1227.JPG (187505 octets) Acrylique 2007

 

[…]. Tout particulièrement passionnants se montrent les artistes qui font porter leur réflexion sur les éléments mêmes de la représentation picturale, abstraite ou figurative. Patrice Vermeille a choisi de se situer en un lieu d'où les divers codes picturaux, depuis le Néo-Classicisme jusqu'au Suprématisme, cessent de s'opposer. En même temps que refait surface dans son oeuvre cette certitude immémoriale que la peinture est à l'image du cosmos. Et réciproquement. […]                

osé Pierre 1991  -     (Introduction à la peinture, Somogy).   

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1228.JPG (158186 octets)

L'ange architecte  130x162  2007

1226.JPG (141563 octets)

A u coeur de la nuit V  130x162  2007

 

Petite cosmogonie intérieure  

Bernard Teulon-Nouailles                      

Reg’Art, décembre 2000 / janvier 2001  

 L’univers de Patrice Vermeille ne se réfère à notre réalité que de manière allusive. Chez lui la peinture compense, par la créativité graphique ou colorée, les insuffisances de nos systèmes de représentation. C’est que la peinture ouvre une dimension inédite, n’existant qu’à partir du moment où un créateur décide de lui prêter vie. Il y a tout un aspect cosmogonique dans l’oeuvre de Vermeille, que l’on sent aisément dans des séries comme Genèse ou Déluge par exemple. L’artiste est un reCréateur ou mieux, un concepteur de potentialités. On sent ce qui peut intéresser cet artistes dans les conceptions virtuelles de notre technologie avancée en matière d’informatique. L’ordinateur conçoit le virtuel, le Créateur le fait accéder au statut de réel, si on entend par ce mot une virtualité qui trouve sa place dans la réalité des codes régissant la vie en communauté, dont l’art est partie intégrante. Le cerveau conçoit mais la main exécute. D’où ce graphisme finement hachuré, identifiable et allusif, qui caractérise la production de Vermeille.  

 

 L’univers de Patrice Vermeille ne se réfère à notre réalité que de manière allusive. Chez lui la peinture compense, par la créativité graphique ou colorée, les insuffisances de nos systèmes de représentation. C’est que la peinture ouvre une dimension inédite, n’existant qu’à partir du moment où un créateur décide de lui prêter vie. Il y a tout un aspect cosmogonique dans l’oeuvre de Vermeille, que l’on sent aisément dans des séries comme Genèse ou Déluge par exemple. L’artiste est un reCréateur ou mieux, un concepteur de potentialités. On sent ce qui peut intéresser cet artistes dans les conceptions virtuelles de notre technologie avancée en matière d’informatique. L’ordinateur conçoit le virtuel, le Créateur le fait accéder au statut de réel, si on entend par ce mot une virtualité qui trouve sa place dans la réalité des codes régissant la vie en communauté, dont l’art est partie intégrante. Le cerveau conçoit mais la main exécute. D’où ce graphisme finement hachuré, identifiable et allusif, qui caractérise la production de Vermeille.  

 

Manquent les yeux pour la reconnaissance, car rien n’existe en ce monde à qui nous n’accordions l’aumône d’un regard. L’un a besoin de l’autre. Pour accrocher le regard, Vermeille recourt à la couleur.

Elle est fluide et sourde chez lui. Fluide comme le temps qui traverse l’espace. Sourde car le monde imaginaire ne saurait se restreindre aux séductions de l’éclat naturel, a fortiori aux critères de consommation de l’art en masse. Le soleil chez Vermeille est un astre sombre car il est tout intérieur, tout en tréfonds et en gestation chthonienne. La lumière du cerveau, fût-il électronique, est comme réfractée, atténuée par son passage à travers la dimension intérieure qui est secrète et d’ordre intime. La couleur chez Vermeille est comme la messagère des dieux qui président à la reCréation.  

D’où le thème qu’il travaille actuellement de l’ange, qui métaphorise ce rôle d’intercesseur entre la cosmogonie intérieure de l’artiste et les créatures de regard (!) auxquels il la destine. C’est cette révélation du secret qui contient toute peinture, cette nécessaire intimité de l’artiste avec les mouvements qui président à la genèse d’un univers, ce besoin impérieux de figurer, aux yeux des autres, des bribes répertoriées de virtualités intérieures qui me semblent l’essentiel de l’apport de Vermeille à la production de notre temps. Un temps où il nous est nécessaire de prendre la mesure des choses et de notre place dans l’univers.  

 

Une certaine idée de la distorsion picturale dans l'espace-temps  

Christian SKIMAO  

   L'oeuvre de Patrice Vermeille se situe, en apparence du moins, entre un figuratif fantastique et une abstraction modulée suivant un récit plus ou moins secret, présent en « intertexte » dans chacune de ses compositions. Comme l'explique magistralement José Pierre, suite à divers entretiens avec l'artiste, au début se trouve une œuvre référentielle datée de 1802, Le Tombeau, d'Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824), peintre révolutionnaire puis d'Empire donc d'histoire, néo-classique et pré-romantique, qui use de superpositions tant formelles que narratives. La saturation opère donc sur de nombreux plans, noyant le spectateur dans un sentiment à la fois visuel, héroïque et irréel. C'est donc bien un processus de refonte qui se trouve mis en action, comme dans Le tombeau de Girodet I & II daté de 1976, au sens où l'entendait le Surréalisme, autre influence qui a toujours interpellé l'artiste. Cette possible distorsion du réel permettant dès lors d'assouvir ses recherches dans la sphère de l'imaginaire au travers d'un motif déterminé, soit de type paysager, littéraire, référentiel dans l'histoire de l'art, même anecdotique ou encore se positionnant dans la modernité en cours, les images de synthèse.

   Ce positionnement singulier, à partir d'une tradition picturale puisant dans une peinture à la fois historique et parfois mythologique, fait immanquablement songer à David qui cherchait ses modèles du côté de la Renaissance mais aussi à Delacroix, peintre héroïque par excellence. Plus proche de nous Kandinsky ainsi que l'expressionnisme abstrait américain qui l'a certainement influencé à ses débuts répertoriés, voir A naître IV, daté de 1968, la bande dessinée en tant que genre et l'approche de la gravure en tant que pratique incontournable. C'est dans cette fusion entre les styles et les époques que se prépare un champ pictural opératoire, souvent mal considéré aux diverses étapes de sa carrière car évalué par les spécialistes en fonction de l'actualité et des effets de mode. Or le travail de Vermeille ne s'inspire que de ces effets pour mieux les contourner. Sa faculté de peindre s'inscrit bien dans les courants précités mais en les débordant et en les relisant en permanence comme dans Peinture I de 1986 qui revient à une puissante abstraction.

   L'exemple de Kandinsky est à cet égard des plus passionnants pour l'hétérogénéité des pistes ouvertes par lui dans le champ de l'avant-garde. En effet l'inventeur de l'abstraction n'a-t-il point contribué activement à l'expressionnisme avec Der Blaue Reiter, tout en prônant la recherche du spirituel dans l'art, sans oublier cette constante référence aux images du folklore russe. Là encore la similitude apparaît entre une figure de la modernité et la complexité liée à son classement. Les larges plans flottant dans l'espace des œuvres des années 1920-30 , comme dans la très célèbre toile Jaune-Rouge-Bleu de 1925, témoignent là aussi d'une spatialité dont Patrice Vermeille s'inspirera subtilement dans Fragments II, peinture datant de 1983.

   D'un parallèle qui demande à être creusé au niveau historique, apparaît l'idée d'un faisceau de pratiques liées à certaines références indirectement liées à la Figuration Narrative (années 1960). Cette période spécifique permet de s'intéresser à certaines œuvres de Jacques Monory, dont Fragile n°6, certes plus tardive, datée de 1985 et qui utilise à partir des images d'un accident automobile, la notion de dispersion et d'éparpillement chère à Vermeille. Ne négligeons pas non plus les œuvres de Jacques Poli, celles d'Hervé Télémaque et ses flottements colorés ou les grouillements picturaux d'Erro. En se positionnant ici au niveau simplement formel, c'est aussi pour reprendre une recherche du côté de certains auteurs contemporains de la bande dessinée avec Druillet pour Jeux XXIII de 1979 ou Moebius avec les deux personnages quasi-ectoplasmiques de Double II de 1975. Là encore des univers plus ou moins héroïques et plus ou moins en expansion tentent de traduire leur marche au travers d'un graphisme souvent baroque et évocateur. La notion de spatialité extrême se conjugue  chez Vermeille avec une thématique chère à la science-fiction et aboutit à la composition d'espaces sidéraux et sidérants comme  la somptueuse et incandescente série des Nébuleuses datant de 1981.

   En ce qui concerne l'utilisation pragmatique de techniques utilisées dans la gravure (eaux-fortes, lithographies, sérigraphies) et la production d'estampes, l'artiste use de la notion permanente d'allers-retours entre les arts reproductibles et ceux dits de la pièce unique (peintures, dessins et aquarelles). On retrouve les thèmes généraux au travers desquels l'artiste irrigue son œuvre mais avec un certain nombre d'imperceptibles variantes comme dans En expansion, une eau-forte de 1971 ou Issus de l'eau, une sérigraphie de 1990.

   Cet éclatement des genres se retrouve dans la dispersion des plans au travers d'une utilisation savante de la couleur. Les formes tourmentées et torturées d'actants impalpables se dissolvent dans les landes picturales d'une réalité suggérée. C'est sur cette non-précision des lieux et des situations que redémarre l'héritage de l'inconscient mais libéré de la gangue idéologique voulue par André Breton. On songera aux paysages inertes d'Yves Tanguy avec son admirable Jour de lenteur de 1937 ou encore à certaines œuvres de Masson et ses corps décomposés, enfin aux formes molles de Dali. Les fils de rasoirs métaphysiques tranchent dans l'espace des formes comme dans Etude I de 1987 qui met en prise le spectateur avec une sévère déflagration des lieux. Le mouvement et sa décomposition prennent place dans une possible référence au Futurisme avec des artistes comme Giacomo Balla et son Mercure passe devant le soleil de 1914, positionnement planétaire et spatial qui rappellera certaines œuvres de Vermeille, sans négliger celles de Umberto Boccionni ou Carlo Carra.

  Si la rotondité d'un monde potentiel se  trouve illustrée dans Nid VI daté de 1995 où une sphère quadrillée semble contenir un globe proche de l'explosion, Patrice Vermeille a également questionné le sexe des anges au travers d'une relecture des Putti de la Renaissance. Putto I & II de 1999 témoignent à leur façon d'une figuration stylisée où les traits coupants des ailes décochent au spectateur des flèches conceptuelles. De cette échappée des conventions, le ballet aérien aux couleurs pastels invite à un dépassement des genres et à une obligatoire transposition, de l'église à l'univers.

   Positionné dans ses recherches infographiques, l'artiste échange la toile traditionnelle pour une représentation virtuelle. Il s'agit d'un domaine en cours de défrichement où se pose toujours la pertinence d'une contemporanéité en devenir, du côté des images, de leur animation et de leur positionnement dans une culture populaire ou lettrée. Cette recherche au travers d'un nouveau medium enthousiasme Vermeille qui y voit des possibilités nouvelles. Ainsi sa série du Déluge réalisée en 1994 et reproduite par le procédé de sublimation thermique ou encore l'oeuvre Plan de coupe III de 1996 qui prend la dénomination de « commentaire sculpté » à partir d'un travail au crayon et à l'aquarelle sur papier, d'où émerge un traitement infographique allié à de fortes influences surréalisantes.

   Mais c'est finalement sur une peinture récente Le Nid VII ou le Jugement dernier de l'an 2000 que s'appuiera ma conclusion. On y retrouve l'ensemble des caractéristiques du créateur, mettant en scène les fragments épars du Tombeau devenu proustien au fil des séances, jouant avec les stratifications picturales, la couleur et la profondeur cinématographique sans négliger cette étonnante faculté de contribuer à l'émergence des terres inconnues. Patrice Vermeille accoucheur d'une projection de l'esprit encore et toujours à  représenter.

 Christian SKIMAO